On a tendance à imaginer les premières semaines avec un bébé comme une période de bonheur intense. Il y a les premières rencontres, les câlins, l’émotion, ce petit être que l’on découvre et que l’on apprend à connaître. Aujourd’hui, on entend davantage parler des difficultés mais on garde souvent cette image de douceur et de bonheur qui, on l’espère, va arriver.
Mais devenir mère peut aussi être un immense bouleversement. Le corps récupère d’une grossesse et d’un accouchement, les nuits sont fragmentées, les repères changent, les responsabilités deviennent soudain immenses. Et parfois, derrière les photos de naissance et les « profite, ça passe si vite », une mère va mal. Ça n’arrive pas à toutes les mères, mais ça peut arriver. Et ça n’est pas parce qu’elle n’aime pas son bébé ni parce qu’elle n’était pas faite pour être mère.
Mais parce qu’elle souffre d’une dépression post-partum. Et cette souffrance mérite d’être reconnue et accompagnée.
La dépression post-partum est fréquente
La dépression post-partum n’est malheureusement pas exceptionnelle. En France, l’Enquête nationale périnatale 2021 a montré qu’à deux mois après l’accouchement, 16,7 % des femmes présentaient des symptômes évocateurs d’une dépression post-partum. Cela représente donc environ une mère sur six.
À la même période, 27,6 % des mères présentaient des symptômes anxieux importants et 5,4 % rapportaient des idées suicidaires. Cela ne concerne donc pas toutes les mères mais ces chiffres sont assez importants pour en parler. Et quoi qu’il arrive, les mères concernées doivent être accompagnées. De plus, la santé mentale maternelle ne cesse évidemment pas d’être un sujet une fois les premières semaines passées : des symptômes dépressifs étaient encore retrouvés chez 11,7 % des femmes six mois après leur accouchement et 11,9 % à douze mois.
Ce ne sont donc ni quelques cas isolés, ni un problème marginal. La santé mentale pendant la période périnatale constitue un véritable enjeu de santé publique.
Baby blues ou dépression post-partum ?
Il est important de distinguer la dépression post-partum du baby blues, extrêmement fréquent après un accouchement.
Le baby blues apparaît généralement dans les premiers jours suivant la naissance. Il peut provoquer des pleurs, une grande sensibilité émotionnelle, de l’irritabilité ou un sentiment d’être dépassée. Il est transitoire et disparaît généralement spontanément. Un article sur la question du baby blues est disponible sur meresensemble ici.
La dépression post-partum est différente.
Les difficultés sont plus intenses, plus durables et ont un grand retentissement sur le quotidien. La dépression post partum est un trouble psychique, pas un simple mal être passager. Ainsi, lorsque le mal-être persiste, notamment au-delà de deux semaines, s’intensifie ou empêche progressivement de fonctionner normalement, il est important d’en parler à un professionnel. Et il n’est surtout jamais nécessaire d’attendre d’aller « suffisamment mal » ou d’attendre que ça empire pour demander de l’aide.
Quels sont les signes de la dépression post-partum ?
Toutes les dépressions post-partum ne se ressemblent pas. Une mère peut continuer à se lever, s’occuper parfaitement de son bébé, sourire lorsque quelqu’un vient lui rendre visite… et pourtant aller très mal intérieurement.
Certains signes doivent particulièrement attirer l’attention :
- une tristesse persistante ou des pleurs très fréquents ;
- une perte d’intérêt ou de plaisir pour des choses habituellement appréciées ;
- une fatigue ou un épuisement qui dépassent la fatigue attendue avec un nouveau-né ;
- une anxiété importante ou des inquiétudes envahissantes ;
- une irritabilité inhabituelle ;
- des troubles du sommeil qui ne sont pas uniquement liés aux réveils du bébé ;
- un sentiment de vide, de désespoir ou d’être complètement dépassée ;
- une forte culpabilité ;
- l’impression de ne pas être à la hauteur ou d’être « une mauvaise mère » ;
- une dévalorisation importante ;
- des difficultés à se sentir connectée à son bébé ou à éprouver du plaisir dans la relation avec lui ;
- une tendance à s’isoler ;
- des difficultés à effectuer les tâches du quotidien
- des difficultés à se concentrer ou à prendre des décisions ;
- des pensées autour de la mort, de la disparition ou du suicide.
Il n’est pas nécessaire de présenter tous ces signes pour avoir besoin d’aide. Et surtout : la dépression ne se voit pas toujours.
Une femme peut sembler aller bien. Elle peut aimer profondément son enfant, prendre soin de lui chaque jour; elle peut même avoir attendu cette maternité pendant des années. Et être malgré tout en dépression.
« Pourtant, j’aime mon bébé »
Il est essentiel de faire ce rappel car c'est une souffrance qui s'ajoute trop souvent à celle déjà ressentie en raison de la dépression : souffrir d’une dépression post-partum ne dit absolument rien de l’amour que l’on porte à son enfant. La dépression est un trouble psychique, et celui-ci n'est pas lié à l’amour maternel.
On peut aimer son bébé et être profondément malheureuse. Ces réalités peuvent coexister, l'une n'empêche pas l'autre. Pourtant, beaucoup de mères n’osent pas raconter ce qu’elles ressentent parce que la maternité reste entourée d’une injonction très forte au bonheur : « Tu as un bébé en bonne santé, tu devrais être heureuse. ». Beaucoup de mères ressentent également beaucoup de culpabilité et n'osent pas exprimer leur mal être. C’est justement ce silence que nous voulons essayer de briser ici car il empêche malheureusement d'avoir accès à l'aide dont on a fondamentalement besoin quand on est en dépression post-partum.
Cela peut arriver à n’importe quelle mère.
Certains facteurs peuvent augmenter le risque de difficultés psychiques après une naissance : des antécédents de dépression ou d’anxiété, un manque de soutien, un isolement, des difficultés conjugales ou financières, un accouchement traumatique, des complications médicales, des difficultés avec le bébé ou encore un important manque de sommeil. Tout ceci peut favoriser ce type de dépression. Cependant, avoir des facteurs de risque ne signifie pas que l’on développera une dépression post-partum. Et de même, leur absence ne protège pas complètement.
Une dépression post-partum peut survenir après une grossesse désirée, un accouchement qui s’est bien déroulé, avec un bébé en bonne santé avec qui tout se passe plutôt bien et un entourage présent. Il n’existe pas un profil unique de la mère qui fait une dépression post-partum.
Pourquoi est-il si important d’en parler ?
Souvent, lorsqu’on ne sait pas ce qui nous arrive, on cherche une explication en soi. Et cela peut malheureusement ressemble à des phrases comme : Je ne suis peut-être pas faite pour ça.Pourquoi les autres y arrivent et pas moi ? Je devrais être heureuse. Je suis une mauvaise mère. Etc. Or mettre les mots réels sur ce qui se passe permet de déplacer le problème : une dépression post partum, ce n’est pas le sujet d'une mère qui serait défaillante. C’est une personne qui traverse un trouble psychique et qui a besoin d’être accompagnée.
De plus, parler de la dépression post-partum de plus en plus largement permet également aux proches de reconnaître certains signes et d’oser poser une question simple : Comment vas-tu, vraiment ? Pas seulement : Et le bébé, dort et mange bien ?. Ces conversation peuvent être le début de l'expression d'un mal être, la main tendue dont une mère à besoin pour mettre des mots sur ce qu'elle ressent et recevoir l'aide dont elle a besoin.
On ne devrait pas avoir à s’en sortir seule
La dépression post-partum nécessite une véritable attention et peut souvent nécessiter une prise en charge psychologique et/ou médicale. Si vous vous reconnaissez dans ces lignes, vous pouvez en parler à un médecin généraliste, une sage-femme, un gynécologue, un psychologue, un psychiatre, un professionnel de PMI ou un autre professionnel de santé avec lequel vous vous sentez en confiance.
Le professionnel pourra évaluer la situation et proposer un accompagnement adapté. Selon les besoins, celui-ci peut notamment comprendre un suivi psychologique, un soutien renforcé autour de la parentalité et, dans certaines situations, un traitement médicamenteux. Demander de l’aide ne signifie pas que l’on a échoué à devenir mère, cela permet simplement de sortir de cette situation pour vivre une parentalité plus apaisée et sereine.
L’entourage peut avoir un rôle fondamental dans le soutien.
L'entourage a un rôle essentiel. Soutenir une jeune mère, ce n’est pas uniquement lui dire qu’elle peut appeler « si elle a besoin ». Cela peut être prendre régulièrement de ses nouvelles, écouter sans minimiser ce qu’elle raconte, l’aider concrètement, lui permettre de dormir ou de souffler et l’accompagner vers un professionnel lorsqu’elle n’a plus l’énergie nécessaire pour entreprendre ces démarches seule.
Quand faut-il demander de l’aide rapidement ?
Toute souffrance mérite d’être entendue, mais certaines situations nécessitent une aide urgente. Des pensées suicidaires, l’envie de disparaître, la peur de se faire du mal ou de faire du mal à son bébé, une confusion importante, des hallucinations, des idées délirantes ou un changement brutal et très inhabituel du comportement doivent conduire à rechercher immédiatement une aide médicale. Ces situations ne doivent jamais rester secrètes ou être considérées comme quelque chose que la mère doit réussir à gérer seule. Si vous ressentez ce genre d'émotions ou de pensées, contactez immédiatement votre médécin ou sage-femme ou une aide extérieure autre ( psychologue, psychiatre, PMI). Vous avez besoin d'être aidée et vous n'avez aucune culpabilité à avoir. Demander de l'aide est ce que vous pouvez faire de mieux à ce moment là pour prendre soin de votre bébé et de vous.
Être une bonne mère ne signifie pas aller bien tout le temps
Rappelons également cette pensée essentielle. Etre mère ne signifie pas devenir tout a coup infaillible, invincible. La maternité ne protège ni de la dépression, ni de l’anxiété, ni de la souffrance psychique. Et aimer son enfant ne suffit pas toujours à empêcher d’aller mal. Une mère qui traverse une dépression post-partum reste une mère qui aime, qui compte, qui mérite d’être entourée et dont la santé est importante. Alors continuons à prendre soin des bébés, mais prenons aussi le temps de prendre soin des mères. C'est ce que nous essayons de faire ici, sur mèresensemble.