Parentalité

Devenir parent ne s’arrête pas à la naissance : les 7 étapes de la parentalité selon Galinsky

On devient parents d’un bébé, mais il ne le reste pas. Ensuite, on grandit avec lui.

Devenir parent ne s’arrête pas à la naissance : les 7 étapes de la parentalité selon Galinsky


Nous avons relativement facilement en tête les grandes étapes du développement de l’enfant. On sait qu’un bébé ne reste pas un bébé, qu’un enfant de 3 ans n’a pas les mêmes besoins qu’un enfant de 8 ans et qu’un adolescent va peu à peu chercher à s’éloigner de ses parents pour construire sa propre identité.

Mais on pense et on s’interroge moins couramment sur ce qui se passe, en parallèle, du côté des parents.

Parce que nous aussi, nous grandissons avec nos enfants. La mère ou le père que l’on est avec un nouveau-né n’est pas tout à fait celui que l’on devient quelques années plus tard. Les besoins de notre enfant changent, notre rôle évolue, nos inquiétudes se déplacent. Et parfois, il faut même apprendre à renoncer à une façon d’être parent qui fonctionnait jusque-là pour en construire une nouvelle.

C’est justement ce qu’a essayé de penser la chercheuse américaine Ellen Galinsky. Dans son modèle du développement parental, elle décrit sept grandes étapes que les parents traverseraient à mesure que leur enfant grandit.

Il ne s’agit évidemment pas d’un calendrier que tout le monde suit à la lettre, les familles, les enfants et les histoires sont toutes différentes. Mais ce modèle permet de mettre des mots sur quelque chose que beaucoup de parents ressentent : devenir parent n’est pas une transformation qui a lieu une fois, à la naissance. C’est un processus qui dure des années.

1. Avant même la naissance : imaginer son enfant et s’imaginer parent

La parentalité commence, d’une certaine manière, avant même que l’enfant soit là. Pendant la grossesse — et parfois même bien avant — nous commençons à nous représenter celui ou celle qui va arriver. On imagine son visage, son caractère, la relation que l’on aura avec lui. Mais on imagine aussi le parent que l’on sera. On répète alors des phrases comme "moi je ne ferai jamais ça", "chez nous, ça sera différent" ou encore " je ne veux surtout pas être une mère comme... ou reproduire ces schémas".

Ces projections sont nourries par notre propre enfance, par nos parents, par ce que nous avons aimé ou au contraire par ce dont nous avons manqué. Elles sont aussi nourries par la société et par toutes les images de la maternité et de la parentalité que nous avons accumulées, par la parentalité qui existe dans notre entourage également.

Il existe donc déjà un enfant dans notre tête avant que nous rencontrions réellement le nôtre. Et puis il naît.

2. De la naissance aux premières années : rencontrer l’enfant réel

C’est probablement l’un des grands bouleversements des débuts de la parentalité : l’enfant imaginé laisse progressivement la place à l’enfant réel. Et l’enfant réel n’est jamais exactement celui que nous avions imaginé.

Il peut dormir beaucoup moins que prévu, pleurer davantage, avoir un tempérament que l’on n’attendait pas. Il peut être très calme alors qu’on imaginait un enfant débordant d’énergie. Il peut avoir des besoins qui nous déstabilisent. Et surtout, il existe indépendamment de nos attentes. En tant que parent, nous devons alors apprendre à rencontrer cet enfant-là, et non celui qu’il avait construit dans son imagination.

Durant cette période, l’une de ses grandes fonctions est également de devenir une base suffisamment sécurisante pour ce tout-petit encore extrêmement dépendant : le nourrir, le protéger, répondre à ses besoins, le rassurer, lui offrir une présence à partir de laquelle il pourra progressivement découvrir le monde.

Mais cette période confronte aussi les parents à leurs propres attentes. On peut avoir imaginé que devenir parent apporterait immédiatement un amour immense, un sentiment d’accomplissement ou une relation très particulière. La réalité peut être plus ambivalente : fatigue, inquiétude, frustration, sentiment de perte de liberté, difficulté à comprendre son bébé…

Cela ne signifie pas que l’on aime moins son enfant. Cela signifie simplement que la rencontre entre un parent réel et un enfant réel est souvent plus complexe que la rencontre entre deux personnages que l’on avait imaginés.

3. Vers 2-5 ans : devenir le parent qui pose un cadre

Puis arrive un enfant qui parle davantage, court, explore, refuse, négocie et découvre avec enthousiasme la puissance du mot « non ». Et le rôle parental change alors avec lui.

Il ne s’agit plus seulement de protéger et de répondre aux besoins d’un tout-petit. Il s'agit de devenir le parent d'une personnalité aussi qui se dessine. Et il faut progressivement poser des limites, accompagner les frustrations, transmettre des règles et gérer les conflits, tout en laissant suffisamment de place à l’enfant pour expérimenter son autonomie.

C’est une période particulièrement intéressante parce qu’elle oblige souvent les parents à réfléchir à leur propre rapport à la l’autorité par exemple. Que signifie poser des limites ? Jusqu’où laisser choisir son enfant ? Comment poser une limite sans entrer dans un rapport de force permanent ? Que faire lorsque son enfant refuse ?

C’est également le moment où d’autres adultes prennent davantage de place dans sa vie : professionnels de la petite enfance, enseignants, famille… Le parent découvre progressivement qu’il n’est plus le seul adulte à participer à son éducation. L’enfant commence à appartenir un peu plus au monde.

4. Environ 5-12 ans : aider son enfant à comprendre le monde

En grandissant, l’enfant ne demande plus seulement : "Est-ce que j’ai le droit ? Est-ce que c'est ok de faire ça?", il demande aussi de plus en plus pourquoi.

Pourquoi certaines personnes sont pauvres ? Pourquoi quelqu’un s’est moqué de moi ? Pourquoi lui a le droit et pas moi ? Est-ce que c’est juste ? Est-ce que c’est grave de mentir ? Pourquoi les autres ne pensent pas comme nous ?

Pour Galinsky, le parent entre alors dans une période où une partie importante de son rôle consiste à aider l’enfant à interpréter le monde qui l’entoure. Et cela peut être beaucoup plus vertigineux qu’on ne l’imaginait. Parce que transmettre des valeurs oblige parfois à se demander quelles sont réellement les nôtres. Mais aussi parce que notre enfant grandit et découvre autre chose du monde que notre modèle. Il découvre d’autres familles, d’autres règles et d’autres façons de penser. Et parce qu’il devient aussi progressivement capable de remettre en question ce que nous lui avons transmis. Le parent n’est donc plus seulement celui qui dit ce qui est permis ou interdit. Il devient aussi celui avec qui l’enfant essaie de comprendre pourquoi.

5. L’adolescence : protéger tout en acceptant de lâcher

C'est une période où l’équilibre devient souvent particulièrement délicat. L’adolescent a encore besoin de ses parents, mais il a aussi besoin de s’en éloigner. Il veut décider davantage, expérimenter, appartenir à son groupe de pairs, avoir une intimité et construire des opinions qui ne sont pas nécessairement celles de sa famille.

Et le parent doit réaliser quelque chose de particulièrement difficile : protéger son enfant ne signifie plus pouvoir tout contrôler. Il faut continuer à poser certaines limites tout en acceptant davantage de liberté. Savoir intervenir et savoir se retirer. Continuer à être disponible sans exiger d’être au centre.

Ce réajustement peut provoquer des conflits, mais ceux-ci racontent aussi quelque chose du développement : l’enfant que l’on guidait presque entièrement devient progressivement une personne qui construit sa propre vie.

6. Quand l’enfant s’éloigne : apprendre à être parent autrement

C'est le moment où l’enfant que l'on a élevé investit de plus en plus une vie qui ne nous appartient pas. Non pas que sa vie nous ait un jour appartenue, mais celle-ci s'éloigne encore davantage de nous ici. Études, travail, amis, couple, logement… Son quotidien se construit ailleurs. Le rôle parental ne disparaît évidemment pas, mais il change alors profondément.

Et cette transformation peut être vécue de façons très différentes. Certains parents retrouvent une liberté qu’ils attendaient depuis longtemps. D’autres ressentent un vide. Nombreux sont les parents qui éprouvent probablement un peu des deux.

Il faut alors trouver une nouvelle manière d’être présent : être encore un parent sans être celui dont l’enfant dépend quotidiennement. Cette étape peut également obliger le couple, lorsqu’il existe encore, à se retrouver autrement. Pendant des années, une grande partie de l’organisation familiale a pu tourner autour des enfants. Leur départ laisse alors un espace qu’il faut réinvestir.

7. Devenir grand-parent : une nouvelle place dans l’histoire familiale

Enfin, Galinsky s’intéresse au moment où certains parents deviennent à leur tour grands-parents. Une nouvelle génération apparaît et, avec elle, une nouvelle question : quelle place prendre ?

Certains grands-parents sont très présents dans le quotidien de leurs petits-enfants. D’autres entretiennent une relation plus ponctuelle. Certains deviennent un véritable soutien pour leurs enfants devenus parents, tandis que d’autres préfèrent rester davantage en retrait.

Cette place dépend énormément des histoires familiales, des relations entre les générations, des contraintes de chacun mais aussi des cultures. Il n’existe donc évidemment pas une seule bonne manière d’être grand-parent.

Et peut-être est-ce aussi l’une des choses intéressantes de cette dernière étape : voir son propre enfant devenir parent peut venir, une nouvelle fois, transformer la manière dont on regarde toute son histoire familiale.

Finalement, nos enfants nous font aussi grandir comme parents

Le modèle de Galinsky date des années 1980 et il a forcément ses limites. Les âges proposés ne doivent pas être pris comme des frontières précises et toutes les familles ne suivent évidemment pas cette trajectoire, d'autant plus à notre époque. Les séparations, les familles recomposées, les parentalités tardives, l’arrivée de plusieurs enfants ou simplement les différences individuelles rendent les parcours beaucoup moins linéaires.

Mais il reste intéressant pour une idée essentielle : la parentalité n’est pas un état que l’on atteint. C’est une relation qui évolue. On peut avoir trouvé un équilibre avec son bébé et se sentir complètement perdu face à son enfant de 3 ans. On peut avoir été très à l’aise avec un petit enfant et être déstabilisé par son adolescence. On peut avoir l’impression, à certains moments, de devoir tout réapprendre.

Et ce n’est pas vraiment étonnant finalement. Parce que pendant que notre enfant devient sans cesse quelqu’un de nouveau, il nous oblige, nous aussi, à devenir sans cesse un nouveau parent.



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