Les premières semaines avec un bébé peuvent parfois donner l’impression d’un quotidien qui ressemblerait essentiellement à de l’intendance : fait de sommeil, de lait, de couches, d’immobilité et de pleurs aussi parfois. Un nouveau-né semble encore si petit que l’on pourrait croire qu’il ne se passe pas grand-chose derrière ses yeux qui s’ouvrent quelques minutes avant de se refermer.
Et pourtant, dès sa naissance, un bébé est déjà bien présent au monde et il possède déjà de nombreuses compétences. Il reconnaît, ressent, observe, apprend et surtout, il entre en relation. Son cerveau est encore extrêmement immature et il dépend entièrement des adultes qui prennent soin de lui, mais cela ne signifie pas qu’il n’a pas conscience de ce qui l’entoure, qu’il ne comprend rien de tout ça. Au contraire, ces premiers mois sont une période d’intense développement, pendant laquelle les expériences quotidiennes et les interactions sont essentielles et participent progressivement à construire sa manière d’entrer en relation avec le monde.
Un bébé qui perçoit déjà beaucoup
À la naissance, tous les sens ne sont pas encore arrivés au même niveau de maturité, mais le nouveau-né est loin d’être coupé de son environnement. Il entend déjà très bien et certaines expériences sensorielles ont même commencé avant la naissance. La voix de sa mère, notamment, lui est familière puisqu’il l’a entendue pendant la grossesse, tout comme les voix des autres personnes présentes autour de lui et sa mère in utero. Très rapidement, les voix, les odeurs et les sensations associées aux personnes qui prennent soin de lui deviennent des repères.
Sa vision, en revanche, est encore immature. Le nouveau-né voit surtout à courte distance et est particulièrement attiré par les contrastes et par les visages. La distance à laquelle il voit le mieux correspond ainsi approximativement à celle qui sépare son visage de celui de l’adulte lorsqu’il est porté ou nourri. Peu à peu, son regard devient plus précis. Il fixe davantage, suit brièvement un visage ou un objet et passe de plus en plus de temps à observer ce qui l’entoure.
Ces moments où votre bébé vous regarde ne sont donc pas anodins, loin de là, ils sont même très précieux. Il découvre peu à peu les visages familiers, leurs expressions, leurs voix et leurs mouvements. Il apprend le monde en grande partie à travers les personnes qui l’entourent.
Oui, un tout petit bébé ressent des émotions
Un bébé de quelques semaines ne vit pas ses émotions comme un adulte et son développement émotionnel est encore immature. Mais cela ne signifie pas qu’il ne ressent rien, loin de là. Dès les premiers mois, il connaît différents états de bien-être, d’intérêt, de surprise, d’inconfort ou de détresse. Il est très sensible à l’ambiance qui l’entoure, aux voix, aux gestes et aux expressions des personnes qui prennent soin de lui.
En revanche, il ne sait pas encore réguler seul ce qu’il ressent. Lorsqu’une sensation devient trop intense — la faim, la fatigue, le froid, un inconfort, une stimulation trop importante ou simplement le besoin d’être contenu et rassuré — il dépend de l’adulte pour retrouver progressivement un état d’apaisement.
C’est notamment là que commence ce que l’on appelle la corégulation : avant de pouvoir, beaucoup plus tard, apprendre à réguler seul certaines émotions, le bébé fait l’expérience répétée d’un adulte qui l’aide à traverser ce qu’il ressent. Une voix familière, des bras, du bercement, du contact, une réponse à ses besoins constituent autant de moyens de l’accompagner.
Les pleurs ne sont pas une manipulation
C’est probablement l’une des choses les plus importantes à garder en tête pendant cette période : un bébé de quelques semaines ne pleure pas pour manipuler ses parents. Il n'en a ni la volonté, ni la capacité.
Pour manipuler intentionnellement quelqu’un, il faudrait être capable de comprendre suffisamment son état mental, d’anticiper sa réaction et d’utiliser volontairement un comportement dans le but de provoquer cette réaction. Nous sommes très loin des capacités cognitives d’un nouveau-né.
À cet âge, les pleurs sont un moyen de communication et d'ailleurs un des seuls dont un bébé dispose. Le problème, pour les parents, est qu’un même signal peut correspondre à beaucoup de choses différentes. « J’ai faim », « je suis fatigué », « quelque chose me gêne », « j’ai froid », « il y a trop de bruit », « j’ai besoin d’être porté » : le bébé ne possède ni les mots ni les gestes lui permettant d’exprimer précisément tout cela. Il pleure.
Cela ne veut pas dire que les parents doivent toujours réussir à comprendre immédiatement ce dont leur bébé a besoin, ni qu’un bébé cessera systématiquement de pleurer lorsqu’on le prend dans les bras. Certains pleurs restent difficiles à décoder et parfois difficiles à apaiser. Répondre à son bébé, c’est aussi simplement être là, avec lui et lui montrer qu’il n’est pas seul avec ce qu’il traverse.
Lui parler, même s’il ne comprend pas encore les mots
Il peut sembler étrange à certaines personnes de raconter sa journée à un bébé qui ne peut pas comprendre le sens d’une phrase. Pourtant, lui parler est loin d’être inutile.
Avant de comprendre les mots, le bébé découvre la musique du langage : les intonations, les rythmes, les sons, les pauses. Il apprend progressivement à reconnaître les voix et à repérer les échanges. Lorsque vous lui parlez et que vous attendez un mouvement, un regard ou un petit son avant de reprendre, quelque chose qui ressemble déjà aux prémices d’une conversation se construit.
Il n’est donc pas nécessaire de chercher des activités particulièrement élaborées pour « stimuler » un nouveau-né. Lui raconter ce que vous êtes en train de faire, chanter, répéter les petits sons qu’il produit, lui montrer des images dans un livre et lui lire quelques lignes ou simplement lui parler lorsqu’il est éveillé sont déjà de véritables expériences de langage et de relation.
Le regard, la voix et le toucher : les premières conversations
À cet âge, une grande partie de la communication ne passe pas encore par les mots. Elle passe par le corps.
Lorsqu’un adulte prend un bébé contre lui, le regarde, lui parle doucement, répond à ses vocalisations ou adapte son rythme au sien, une multitude de petits échanges se produisent. Le bébé détourne parfois les yeux lorsqu’il a besoin d’une pause, revient vers le visage de l’adulte, bouge son corps, produit un son. L’adulte répond à son tour.
Ces interactions peuvent sembler minuscules, mais elles constituent les premières expériences relationnelles du bébé et elles sont précieuses. Petit à petit, il découvre que ses manifestations peuvent susciter une réponse et que l’échange avec l’autre peut être source de plaisir et d’apaisement.
Le toucher occupe également une place essentielle. Être porté, contenu, bercé ou simplement sentir la chaleur d’un corps familier participe à la sécurité du tout-petit. Contrairement à certaines idées encore répandues, répondre au besoin de proximité d’un nouveau-né ne revient pas à lui donner de « mauvaises habitudes ». À quelques semaines, son besoin de contact est profondément lié à son immaturité et à sa dépendance.
Et puis viennent les premiers sourires
Il y a d’abord ces petits sourires que l’on aperçoit parfois très tôt, souvent pendant le sommeil, et qui ne sont pas encore nécessairement adressés à quelqu’un. Puis, généralement au cours des premières semaines, apparaissent progressivement les sourires sociaux.
Cette fois, le sourire devient davantage une réponse à l’autre. Un visage familier s’approche, une voix parle, quelqu’un sourit et le bébé répond.
C’est une étape importante parce que les échanges deviennent progressivement plus réciproques. Le parent parle, le bébé regarde. Le parent sourit, le bébé sourit. Il émet un petit son, l’adulte répond. Ces minuscules allers-retours sont les premières formes d’une communication qui va devenir de plus en plus riche au cours des mois suivants.
À 3 mois, que peut faire un bébé ?
Entre la naissance et trois mois, les changements sont considérables. Beaucoup de bébés deviennent progressivement plus éveillés et plus disponibles pour les interactions. Ils peuvent fixer davantage les visages, suivre du regard, réagir aux sons et aux voix, sourire en réponse à quelqu’un, produire leurs premières vocalisations et manifester plus clairement leur intérêt pour ce qui les entoure.
Sur le plan moteur, le contrôle de la tête progresse également. Les mouvements, très largement réflexes au début, deviennent peu à peu plus organisés. Sur le ventre et lorsqu’il est éveillé, le bébé commence progressivement à relever sa tête et le haut de son corps. Ses mains s’ouvrent davantage et il peut commencer à les observer ou à les porter vers sa bouche.
Ces acquisitions ne constituent pas un calendrier à respecter à la semaine près. Deux bébés du même âge peuvent présenter des rythmes très différents tout en se développant normalement. Les repères développementaux servent avant tout à observer une évolution globale et à identifier, avec les professionnels qui suivent l’enfant, une éventuelle difficulté qui mériterait d’être explorée. Ils ne devraient pas devenir une liste de performances à cocher.
Faut-il stimuler son bébé ?
Oui, si l’on entend par stimuler lui offrir un environnement dans lequel il peut regarder, entendre, bouger et entrer en relation. Beaucoup moins si l’on imagine qu’il faudrait multiplier les activités pour accélérer son développement.
Pendant ses premiers mois, les expériences les plus riches sont aussi simples : être posé sur un tapis et pouvoir bouger librement lorsqu’il est éveillé, passer un peu de temps sur le ventre sous surveillance, observer un visage, écouter une chanson, passer du temps à l'extérieur, sentir différentes caresses, entendre ses parents lui parler ou regarder tranquillement ce qui se passe autour de lui.
Et surtout, un bébé a aussi besoin de ne pas être constamment sollicité. Détourner le regard, s’agiter, bâiller ou devenir irritable peuvent être des signes qu’il a besoin d’une pause. Respecter ces moments fait aussi partie de l’accompagnement de son développement.
Il n’y a pas besoin de transformer chaque minute d’éveil en activité éducative. La relation ordinaire est déjà incroyablement stimulante pour un bébé.