Lorsque je suis tombée enceinte, je pensais que mes peurs concerneraient surtout l'accouchement. C'est souvent ce dont on entend parler lorsque l'on attend un enfant : la douleur, l'inconnu, le jour J. Pourtant, assez rapidement, je me suis rendu compte que ce n'était pas cela qui m'inquiétait le plus.
Ce qui me faisait peur, c'était l'après.
J'avais peur de devenir mère et de ne plus pouvoir être moi. Je n'avais pas peur dans le sens où je doutais de vouloir cet enfant, mais dans le sens où je me demandais ce que cette maternité allait faire de moi. J'avais l'impression d'être à l'aune d'un immense changement sans pouvoir réellement parvenir à imaginer, projeter, ce qui m'attendait de l'autre côté.
Je me suis posé énormément de questions. Je me demandais si j'allais encore me reconnaître, et même si j'allais encore exister. Si j'allais encore avoir du temps pour ce qui comptait pour moi. Si j'allais continuer à être autre chose qu'une maman. On entend souvent dire qu'avoir un enfant change une vie, qu'après rien n'est plus jamais pareil. Et on ne sait finalement pas si c'est censé être positif ou pas au moment où l'on est enceinte. Qu'est-ce que ça veut dire exactement « tout changer »? Est-ce que l'on perd une partie de soi en chemin ? Est-ce que l'on peut regretter, parfois ?
Est-ce que ces questions sont normales?
Je crois que ces questions sont particulièrement difficiles à partager parce qu'elles peuvent nous donner l'impression de remettre en question notre désir d'enfant, et le fait que l'on soit « faîtes pour être mère ». Pourtant, ce n'est pas là que ça se situe. On peut être profondément heureuse d'attendre un bébé et être triste à l'idée de laisser derrière soi certains aspects de sa vie actuelle. On peut avoir envie de devenir mère tout en ayant peur de ce que l'on va devoir abandonner en chemin. Ces sentiments ne s'opposent pas forcément. Ils coexistent souvent parce que la maternité peut être à la fois une naissance et un renoncement. Et ça ne veut pas dire que l'on ne sera pas heureuse.
Surtout, il est extrêmement difficile lorsque l'on est enceinte de projeter quelque chose d'essentiel, je crois dans l'expérience de la maternité : c'est l'amour. Tout cet amour que l'on va ressentir, tout ce que la maternité va apporter aussi. On peut facilement anticiper tout ce que l'on ne pourra plus faire, mais on peut difficilement voir tout ce qu'il y aura de nouveau et merveilleux avec un bébé, avec un enfant.
L'observation, la comparaison, l'inquiétude.
Aussi, durant ma grossesse, l'ambivalence s'est aussi située autour de ce que j'observais. A la fois j'observais les mères en ayant l'impression qu'elles avaient toutes trouvé leur place, qu'elles savaient naturellement comment être maman tout en continuant à être elles-mêmes. Et moi, je me sentais perdue face à tout ça. Avec le recul, je pense que je regardais surtout le résultat d'un long cheminement. Je ne voyais pas les doutes qu'elles avaient peut-être traversés, ni les ajustements qu'elles avaient dû faire pour retrouver un équilibre. Mais je voyais aussi, lisais et entendais, de nombreuses choses sur la difficulté qu'est la parentalité : la fatigue, la charge mentale, les nuits hachées, les moments où l'on ne sait plus très bien comment tenir. À force d'entendre tout cela, je me demandais parfois si c'était le bon choix et surtout qui se passerait si je n'aimais pas cette nouvelle vie. Et j'avais honte de penser ça, d'angoisser à cette idée.
Avec le temps, j'ai compris que beaucoup de futures mères traversaient ce type de questionnements. Non pas parce qu'elles allaient regretter leur enfant, mais parce qu'elles essayaient d'imaginer une réalité qu'elles ne connaissaient pas encore. Nous demandons souvent aux femmes enceintes de se projeter dans leur future maternité comme si elles pouvaient déjà savoir ce qu'elles ressentiront, alors qu'une grande partie de cette expérience ne se découvre qu'en la vivant.
Une nouvelle identité qui s'ajoute à la sienne, mais qui ne la supprime pas.
Aujourd'hui, je crois que ce qui m'aurait le plus rassurée à l'époque, c'est d'entendre qu'il était normal d'avoir peur pour soi. C'est normal de ne pas penser uniquement au bébé et de se demander ce que cette nouvelle vie va changer. C'est aussi normal de craindre de perdre certains repères. Toutes ces questions ne font pas de nous des futures mères moins aimantes ou moins investies. Elles sont probablement simplement le reflet de la prise de conscience de l'importance de ce bouleversement.
Car devenir mère ne consiste pas seulement à accueillir un enfant. C'est aussi apprendre à faire une place à cette nouvelle identité sans effacer toutes les autres. C'est un équilibre qui se construit progressivement, souvent avec des tâtonnements, parfois avec des difficultés, mais rarement du jour au lendemain. A ce propos, je vous invite à lire l'article sur la matrescence qui aborde ces changements.
Si aujourd'hui vous avez peur de devenir maman parce que vous avez peur de vous perdre, j'aimerais simplement vous dire que cette peur a du sens. Elle raconte probablement à quel point votre vie actuelle compte pour vous, à quel point vous êtes attachée à la personne que vous êtes devenue au fil des années. Et cette personne-là ne disparaîtra pas à la naissance de votre enfant. Elle évoluera, elle se transformera sans doute, mais elle continuera d'exister.