Confiance en soi

La théorie de l'attachement : comprendre le lien qui construit la sécurité intérieure de l'enfant.

Attachement secure ou insecure, évitant, ambivalent... Comprendre les types d'attachement et la manière dont ils se construisent au fur et à mesure de la relation.

La théorie de l'attachement : comprendre le lien qui construit la sécurité intérieure de l'enfant.

La Théorie de l'attachement fait partie des notions dont on entend régulièrement parler en parentalité sans vraiment savoir à quoi elle correspond réellement. C'est également une théorie qui peut effrayer : on peut avoir l'impression que l'on risque de ne pas parvenir à donner ce qu'on appelle un « attachement sécurisant ou secure » à son enfant si l'on est pas parfait. Il n'en est rien. un enfant n'a pas besoin de parents parfaits pour bien grandir. Il a surtout besoin d'adultes suffisamment disponibles, prévisibles et sensibles à ses besoins.

Développée par le psychiatre John Bowlby à partir des années 1950, puis enrichie par les travaux de la psychologue Mary Ainsworth, la théorie de l'attachement a profondément changé notre compréhension du développement de l'enfant. Aujourd'hui encore, elle constitue l'un des fondements de la psychologie du développement et de la périnatalité.

Dans cet article, nous allons expliquer ce qu'est l'attachement, pourquoi il est si important, puis comprendre comment la célèbre expérience de la « Situation étrange » a permis d'observer les différentes façons dont les jeunes enfants vivent la séparation et les retrouvailles avec leur parent. 

Qu'est-ce que l'attachement ?

Un bébé par essence est entièrement dépendant des adultes qui prennent soin de lui. Il ne peut ni se nourrir seul, ni se protéger, ni réguler ses émotions sans aide. Il est dans une situation de totale vulnérabilité. Pour survivre, mais aussi pour se développer, il a ainsi besoin d'établir un lien fort avec une ou plusieurs figures qui répondent à ses besoins.

C'est ce lien que John Bowlby appelle l'attachement. Contrairement à une idée reçue, l'attachement n'est pas seulement une question d'amour ou d'affection. Il s'agit d'un système de réponse à des besoins, de protection, de soin. Lorsqu'un bébé a peur, se fait mal, est fatigué ou se sent en danger, il entre dans une demande, naturellement. Il va alors rechercher la proximité de la personne qui le rassure : en pleurant, en tendant les bras, en appelant ou simplement en cherchant son regard.

Lorsque cette personne répond de manière suffisamment adaptée, le bébé retrouve progressivement un sentiment de sécurité. Son stress diminue, il peut se calmer, puis repartir explorer son environnement.

C'est là toute l'idée de la base de sécurité : un enfant explore le monde parce qu'il sait qu'il peut revenir vers une figure d'attachement lorsqu'il en ressent le besoin.

Un attachement qui se construit au quotidien

L'attachement ne se crée pas sur un seul moment, ni grâce à quelques gestes particuliers. Il n'y a pas de recettes magique à appliquer pour établir un attachement sécurisant. Il se construit progressivement, au fil des milliers d'interactions du quotidien. Et l'équilibre se fait au fur et à mesure. 

Lorsque le parent répond régulièrement aux pleurs, console après une peur, partage des moments de jeu, accueille les émotions ou apporte du réconfort après une chute, l'enfant apprend peu à peu une chose essentielle : "Quand j'en ai besoin, quelqu'un est là pour moi.". À l'inverse, si les réponses sont très imprévisibles, absentes ou incohérentes, l'enfant devra s'adapter à cette réalité pour continuer malgré tout à maintenir le lien avec son parent.

C'est cette manière de répondre aux différents besoin de l'enfant qui donnera naissance à différents styles d'attachement. Il est important de rappeler que ces styles ne sont ni des étiquettes définitives, ni des jugements sur les parents. Ils représentent simplement des stratégies, inconscientes, que le jeune enfant développe pour préserver la relation avec les adultes dont il dépend.

Comment les chercheurs ont-ils étudié l'attachement ?

Observer l'attachement dans la vie quotidienne est complexe. Les chercheurs avaient donc besoin d'une situation standardisée ( c'est-à dire qui remet en scène toujours les mêmes conditions ) permettant d'observer les réactions des jeunes enfants face à une séparation. C'est dans les années 1970 que la psychologue Mary Ainsworth met au point une expérience devenue célèbre : la Situation étrange (Strange Situation Procedure).

Son objectif n'était pas de mettre les bébés en difficulté, mais de créer une situation légèrement stressante afin d'observer comment ils utilisent leur parent comme source de sécurité.

L'expérience de la « Situation étrange »

L'expérience se déroule avec des enfants âgés d'environ 12 à 18 mois, dans une pièce qu'ils ne connaissent pas et contenant quelques jouets. Le protocole suit plusieurs étapes.

Phase 1 :l'exploration

Le bébé entre dans la pièce avec son parent. Les chercheurs observent notamment : sa curiosité, sa manière d'explorer les jouets, les allers-retours éventuels vers son parent, la façon dont il utilise celui-ci comme point de repère, les regards échangés. Puis, une personne inconnue entre dans la pièce.

Phase 2 : la séparation

Le parent quitte ensuite brièvement la pièce et le bébé reste avec l'inconnu. Les chercheurs observent alors : si le bébé recherche son parent ; s'il manifeste de la détresse ; s'il accepte d'être réconforté par l'inconnu ; s'il continue à jouer ou interrompt totalement son exploration.

Phase 3 : Les retrouvailles

Le parent revient dans la pièce. C'est une étape très importante dans l'observation du type d'attachement. Les chercheurs observent alors ces différentes questions: le bébé cherche-t-il rapidement le contact ? Se laisse-t-il consoler ? Reprend-il ensuite son exploration ? Ignore-t-il son parent ? Semble-t-il à la fois rechercher et repousser le contact ?

Ce sont principalement les comportements observés lors de la séparation et de la phase de retrouvailles qui permettent d'identifier différents styles d'attachement.

Ce que cette expérience nous apprend

La Situation étrange montre que les bébés ne réagissent pas tous de la même manière lorsqu'ils sont confrontés à une séparation. Ces différences ne traduisent pas simplement un tempérament plus ou moins calme. Elles reflètent aussi la manière dont l'enfant a appris, au fil de ses expériences, à rechercher la proximité de sa figure d'attachement et à gérer des situations de stress ou de nouveauté. L'expérience a ainsi permis de mettre en évidence plusieurs grands styles d'attachement.

L'attachement sécurisant

L'enfant explore librement lorsque son parent est présent, tout en revenant régulièrement vers lui. Il peut être contrarié lorsque celui-ci quitte la pièce, montrer des signes d'inquiétude, pleurer même, mais il se calme rapidement à son retour et repart ensuite jouer.

Ce comportement montre que le parent constitue une véritable base de sécurité : l'enfant lui fait confiance pour répondre à ses besoins lorsqu'il en ressent le besoin.

L'attachement insécurisant évitant

Le bébé semble relativement peu affecté par le départ du parent. Il continue souvent à jouer et paraît peu rechercher le contact lors des retrouvailles.

Pendant longtemps, on a pu croire que ces enfants étaient particulièrement indépendants. Pourtant, des recherches plus récentes ont montré que leur niveau de stress physiologique pouvait être élevé malgré des émotions peu visibles. Cette stratégie semble refléter un apprentissage selon lequel exprimer sa détresse n'apporte pas toujours le réconfort attendu.

L'attachement insécurisant ambivalent (ou résistant)

Le bébé montre souvent une forte inquiétude avant même la séparation. Il explore peu, recherche beaucoup la proximité du parent et reste difficile à apaiser lorsque celui-ci revient. Il peut alterner entre recherche de contact et manifestations de colère ou de rejet.

Cette stratégie peut apparaître lorsque les réponses de l'adulte sont vécues comme peu prévisibles : parfois très disponibles, parfois moins accessibles.

Peut-on faire évoluer le style d'attachement ?

C'est un message qu'il est essentiel de transmettre : le style d'attachement n'est pas une fatalité. On a souvent l'impression qu'il est une étiquette définitive, mais celui-ci peut être modifié. 

D'abord, il n'existe pas de parent parfait, et il est aussi essentiel de le dire. Les enfants n'ont pas besoin que leurs besoins soient compris à chaque instant et il ne s'agit pas de culpabiliser dès que l'on a pas été disponible sur un instant ou une journée. Un enfant ne va pas immédiatement développer un attachement insécure parce que son parent ne parvient pas à bien répondre à ses besoins sur un moment ( parfois, en effet, un parent ne peut pas être disponible, pour des raisons physiques ou psychologique, et il n'y a rien de dramatique la dedans). Ce qui compte avant tout, c'est que les enfants vivent, dans l'ensemble, une relation où ils se sentent accueillis, protégés et réconfortés lorsqu'ils en ont besoin.

Et les recherches montrent donc également que les relations évoluent. En prenant conscience de nos propres réactions, en réparant après un conflit, en répondant progressivement de façon plus sensible aux besoins de notre enfant, il est tout à fait possible de favoriser un sentiment de sécurité plus solide.

L'attachement se construit chaque jour, dans les petits gestes souvent invisibles : un regard qui rassure, des bras qui consolent, une présence régulière, des retrouvailles chaleureuses après une séparation. Ce sont ces expériences répétées qui permettent peu à peu à l'enfant de développer cette conviction intérieure si précieuse : « Je peux compter sur quelqu'un lorsque j'en ai besoin. »

Et c'est à partir de cette sécurité qu'il trouve ensuite la confiance nécessaire pour explorer le monde, créer des relations avec les autres et construire progressivement son autonomie.


Questions fréquentes

On te répond, en douceur.

La théorie de l'attachement, développée par John Bowlby, explique que les bébés ont un besoin fondamental de créer un lien sécurisant avec une ou plusieurs figures qui prennent soin d'eux. Ce lien leur permet de se sentir protégés, de réguler leurs émotions et d'explorer progressivement le monde qui les entoure.

L'expérience de la Situation étrange, mise au point par Mary Ainsworth, permet d'observer la manière dont un jeune enfant réagit lors d'une courte séparation avec son parent puis au moment des retrouvailles. Elle a permis de mieux comprendre les différents styles d'attachement.

Oui. Le style d'attachement n'est pas figé. Les relations évoluent au fil du temps et la prise de conscience de certaines choses peut permettre la mise en place d'un environnement plus sécurisant qui peut favoriser le développement d'un attachement, lui aussi, plus sécurisant.

Non. Aucun parent ne répond parfaitement aux besoins de son enfant. L'attachement se construit à travers des milliers d'interactions du quotidien. Ce qui compte le plus est la qualité globale de la relation, la capacité à répondre suffisamment aux besoins de l'enfant et à réparer après les moments de difficulté. On peut parfois avoir des difficultés dans la relation sans que cela ne signifie rien au niveau de l'amour que l'on ressent. Il est important en revanche de prendre conscience des difficultés et d'essayer de modifier certains comportement, avec parfois une aide extérieure.

Non, et c'est souvent l'erreur que l'on fait en tant que parent. "mon enfant a du mal à aller jouer dans ce nouveau lieu, il doit avoir un attachement insécurisant". De nombreux autres facteurs sont à prendre en compte pour expliquer le comportement d'un enfant, et le style d'attachement n'explique pas tout.

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