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La question de l'argent dans le couple parental: pourquoi les femmes s'appauvrissent-elles en devenant mères ?

Les femmes ont tendance à s'appauvrir en devenant mère. Découvrons pourquoi et comment essayer d'éviter ce mécanisme.

La question de l'argent dans le couple parental: pourquoi les femmes s'appauvrissent-elles en devenant mères ?

Pourquoi les femmes s'appauvrissent-elles souvent en devenant mères ?

On entend souvent que devenir parent coûte cher. On parle du prix de la poussette, du mode de garde ou encore de la baisse de revenus liée au congé parental. Mais il existe également un autre phénomène, beaucoup plus discret : la façon dont les dépenses liées aux enfants sont réparties au sein du couple.

Dans de nombreuses familles, ce ne sont pas seulement les revenus qui créent des inégalités. Ce sont aussi les petites dépenses du quotidien. Celles qui passent inaperçues parce qu'elles sont intégrées dans les courses, réglées rapidement à la pharmacie ou achetées entre deux rendez-vous. Individuellement, elles semblent anodines. Additionnées sur plusieurs années, elles peuvent pourtant représenter des milliers d'euros et contribuer à fragiliser l'autonomie financière de nombreuses mères.

Il ne s'agit pas de désigner des coupables, ni de dire que tous les couples fonctionnent ainsi. Mais comprendre ces mécanismes permet souvent de les repérer avant qu'ils ne deviennent une source de frustration ou d'inégalités durables.

Les inégalités ne viennent pas seulement des salaires

Lorsqu'on évoque les conséquences économiques de la parentalité, on pense immédiatement à ce que les économistes appellent la « motherhood penalty »: les mères réduisent plus souvent leur temps de travail, interrompent davantage leur carrière et voient leur évolution professionnelle ralentir après la naissance d'un enfant. Ainsi, elles perdent en effet de l'argent en terme de revenus. 

Ces conséquences sont bien documentées. Mais elles ne sont donc pas la seule explication de l'appauvrissement des mères dans un couple parental. En effet, même lorsque les deux parents travaillent à temps plein, avec des revenus relativement proches, des écarts financiers peuvent se créer au fil du temps. Ils ne sont pas toujours visibles et ne résultent pas forcément d'un manque de volonté d'équité. Ils naissent souvent simplement d'habitudes. 

Ainsi, comme le souligne Titiou Lecoq dans Le Couple et l'argent, les inégalités économiques dans le couple ne se construisent pas uniquement autour des revenus. Elles naissent aussi dans tous ces mécanismes invisibles du quotidien, qui paraissent anodins lorsqu'on les regarde séparément mais qui, ensemble, finissent par produire de véritables écarts.

La charge mentale a aussi un coût financier

On parle aujourd'hui davantage du concept de charge mentale. On sait qu'elle consiste à penser en permanence à tout ce qu'il faut anticiper : les rendez-vous médicaux, les vêtements à renouveler, les inscriptions, les anniversaires, les sorties scolaires ou encore les médicaments à racheter. Vous pouvez lire notre article à ce propos ici. 

Mais on oublie souvent que cette organisation a un prolongement très concret : la personne qui pense aux achats est souvent celle qui les réalise, et souvent avec son argent. Si c'est toujours la même personne qui remarque qu'il manque des couches, qu'il faut acheter des chaussures renouveler les vêtements ou prévoir le cadeau d'anniversaire d'un camarade de classe, c'est souvent aussi elle qui sort sa carte bancaire. Ce n'est pas quelque chose de réfléchi et petit à petit, la charge mentale devient aussi une charge financière.

Les petites dépenses sont rarement perçues comme des dépenses du couple. 

En général, les « grosses » dépenses sont pensées et partagées dans le couple : que ce soit le loyer ou le crédit immobilier, les factures fixes comme l'électricité, internet etc. Ces dépenses sont généralement identifiées comme des dépenses communes.

En revanche, les dépenses liées aux enfants sont souvent absorbées par le quotidien : Une boîte de Doliprane, une tétine, une paire de bottes devenue indispensable parce qu'il pleut. Les fournitures scolaires. Les activités extrascolaires. Une participation à la coopérative de l'école. Pris séparément, ces achats ne paraissent pas conséquents. On les règle rapidement en se disant que ce n'est « que quelques euros » Pourtant, ce sont précisément ces dépenses répétées qui finissent par créer un déséquilibre lorsqu'elles reposent presque toujours sur la même personne.

Pourquoi personne ne s'en rend compte ? 

Parce que l'argent suit souvent l'organisation. Celui ou celle qui organise, anticipe et coordonne finit aussi par supporter davantage de dépenses. Lorsque la charge mentale est répartie, alors elles se répartissent naturellement. Mais lorsque ça n'est pas le cas ( et c'est souvent pas le cas), alors elles ne pèsent plus que sur la personne qui les fait et elles sont invisibilisées par ce mécanisme.

Autrement dit, la répartition de l'argent n'est pas indépendante de la répartition des tâches. Lorsque l'une est déséquilibrée, l'autre peut progressivement le devenir aussi.Parce que ces dépenses ne donnent jamais lieu à une véritable décision, ni à des discussions en amont parce qu'elles sont donc assez petites. C'est l'accumulation qui les rend conséquentes et cette accumulation n'est pas forcément discutée. 

Comment construire une organisation plus équitable ?

Il n'existe pas de modèle idéal, mais il est probablement essentiel en tout cas de rendre visible ces dépenses en prenant d'abord conscience qu'elles existent, mais aussi en discutant de ce sujet dans le couple. L'essentiel est dans un premier temps que ces dépenses soient reconnues comme des dépenses familiales, et non comme les dépenses qui doivent incomber à celui ou celle qui les effectue.

Pour éviter les écarts ensuite, de manière pratique, certaines familles choisissent un compte commun exclusivement dédié aux dépenses du foyer et des enfants. Cela permet d'avoir une carte bancaire que la personne qui à la charge mentale peut utiliser pour éviter d'utiliser toujours la sienne.

D'autres préfèrent rembourser régulièrement les achats effectués par l'un ou l'autre. Cela nécessité alors de tenir des comptes et d'en faire régulièrement le bilan. Certaines répartissent également les dépenses par catégories ou répartissent les tâches, alternent, pour que chacun dépense de manière à peu près équilibrée. 

A noter également que lorsque les revenus sont différents, une participation proportionnelle peut également être plus équitable qu'un partage strictement égal. L'objectif n'est pas que chacun verse la même somme, mais que chacun fournisse un effort comparable au regard de ses ressources.

Une conversation à avoir avant que les habitudes ne s'installent

Pensez à essayer d'avoir cette conversation avant même d'être parent. Elle peut être inconfortable pour certains, mais elle n'a pas à l'être. Les questions des dépenses existent, et elles sont importantes à prendre en compte pour ensuite pouvoir évoluer ensemble de manière équilibrée et qui convient à chacun. Quelques questions peuvent éviter bien des incompréhensions :

  • Comment partagerons-nous les dépenses liées aux enfants ?
  • Comment financerons-nous les achats du quotidien ?
  • Que se passera-t-il si l'un de nous réduit son activité professionnelle ?
  • Comment préserverons-nous l'autonomie financière de chacun ?

Ainsi, prendre conscience de cette réalité ne signifie pas compter chaque euro ni remettre en question la confiance dans son couple. C'est simplement reconnaître que les besoins d'un enfant sont une responsabilité commune, y compris sur le plan financier. En parler, avant que les habitudes ne s'installent, permet souvent de construire une organisation plus juste, où la charge mentale, le temps et l'argent sont pensés ensemble plutôt que séparément.

Questions fréquentes

On te répond, en douceur.

La motherhood penalty désigne les conséquences économiques de la maternité sur la carrière des femmes. Après la naissance d'un enfant, les mères sont plus nombreuses à réduire leur temps de travail, à interrompre leur carrière ou à voir leur progression salariale ralentir.

La personne qui pense aux besoins des enfants est souvent celle qui effectue les achats. À force de régler les vêtements, les médicaments, les fournitures scolaires ou les cadeaux d'anniversaire avec sa propre carte bancaire, elle peut supporter une part plus importante des dépenses familiales sans même s'en rendre compte.

Ce n'est pas une obligation, mais cela peut être une solution pratique pour éviter que les dépenses liées aux enfants reposent toujours sur la même personne. Quel que soit le mode d'organisation choisi, il est important que chacun sache comment sont financés les besoins de la famille.

Parler d'argent ne signifie pas remettre en question la confiance ou l'amour au sein du couple. Au contraire, discuter de la répartition des dépenses, de la gestion des revenus et des conséquences financières de la parentalité permet souvent de prévenir des frustrations et de construire une organisation plus équitable.Aborder la conversation dans ce sens, et sans accusation ou méfiance, permet de la faire de manière apaisée.

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