Après une naissance, il y a cette question qui finit souvent par arriver : quand peut-on reprendre les rapports sexuels ? Voire, quand "doit-on" la reprendre. Six semaines ? Après la visite postnatale ? Une fois la rééducation du périnée commencée ? Terminée ?
En réalité, la première chose à garder en tête c'est il n'existe pas de délai universel à partir duquel une femme devrait avoir repris sa sexualité. Certaines en ressentiront l'envie rapidement. D'autres auront besoin de plusieurs semaines, de plusieurs mois. Et surtout :il n'y a rien d'urgent et aucune norme à respecter.
Le corps vient de traverser une grossesse et un accouchement. Le quotidien, lui aussi, vient d'être complètement bouleversé. Alors peut-être que la meilleure réponse à la question « quand reprendre ? » est finalement assez simple : quand vous vous sentez prête et quand vous en avez envie.
Il n'existe pas de délai minimum valable pour toutes les femmes
On entend parfois qu'il faudrait attendre six semaines après l'accouchement avant de reprendre les rapports sexuels. Cette période correspond notamment au temps nécessaire à certaines femmes pour cicatriser et récupérer physiquement, mais elle ne constitue pas une date à laquelle la sexualité devrait obligatoirement reprendre. Mais ce n'est ni une durée minimale ni maximale.
Les recommandations sont d'ailleurs beaucoup plus simples : il n'existe pas de règle universelle concernant le moment où reprendre les rapports sexuels après une naissance. Cela dépend avant tout de votre accouchement, de votre récupération, de vos éventuelles cicatrices, mais aussi de votre fatigue, de votre désir et tout simplement de la façon dont vous vous sentez.
Six semaines peuvent être trop tôt pour une femme et beaucoup plus que nécessaire pour une autre. Et surtout, être physiquement capable d'avoir un rapport ne signifie pas forcément en avoir envie.
Après un accouchement, le désir aussi a besoin de trouver sa place
La sexualité ne dépend évidemment pas uniquement de l'état du périnée et du corps. Après la naissance, le manque de sommeil, les bouleversements hormonaux, l'allaitement éventuel, la fatigue, le fait d'être constamment sollicitée par son bébé ou encore la difficulté à se réapproprier son corps peuvent modifier le désir.
On peut aimer son partenaire, se sentir toujours amoureuse et ne pas avoir particulièrement envie de sexualité pendant quelque temps. À l'inverse, certaines femmes retrouvent rapidement leur désir. Là encore, il n'existe pas de bonne manière de vivre cette période. Et rappelons le, c'est une période. Ça n'est pas un changement définitif.
L'essentiel en tout cas est de ne pas transformer la reprise des rapports en une étape obligatoire du post-partum. Il ne s'agit pas d'une case supplémentaire à cocher après le retour à la maison, la première sortie ou la visite postnatale. La sexualité reviendra progressivement prendre la place que vous souhaitez lui donner.
La reprise dépend aussi de la façon dont s'est déroulé l'accouchement
Toutes les femmes ne récupèrent évidemment pas de la même façon.
Après une naissance par voie basse sans déchirure ni épisiotomie, il n'y a pas de cicatrice périnéale à attendre de voir guérir. Cela peut rendre la reprise beaucoup plus simple physiquement. Mais même dans ce cas, les sensations peuvent être différentes pendant quelque temps. Les modifications hormonales du post-partum peuvent notamment entraîner une sécheresse vaginale, particulièrement en cas d'allaitement, et rendre les premiers rapports moins confortables. L'utilisation d'un lubrifiant peut alors être très utile.
Après une épisiotomie ou une déchirure, il faudra également tenir compte de la cicatrisation. Une petite déchirure n'a évidemment pas les mêmes conséquences qu'une déchirure plus profonde. Pour les lésions importantes, il est notamment recommandé d'attendre que les points aient cicatrisé et que les saignements aient cessé avant de reprendre les rapports avec pénétration ( rappelons d'ailleurs également ici qu'un rapport sexuel n'inclus pas forcément une pénétration, et c'est aussi à prendre en compte dans les envies que l'on peut avoir!).
Et une césarienne ne signifie pas non plus que le corps est immédiatement disponible pour la sexualité sous prétexte que le périnée n'a pas été lésé : il s'agit d'une chirurgie abdominale et le corps a lui aussi besoin de récupérer.
Il n'y a donc pas un post-partum universel et des règles qui iraient avec, mais autant de récupérations qu'il existe de femmes et d'accouchements.
Et si j'ai peur d'avoir mal ?
On peut ressentir une forme d'appréhension à l'idée de reprendre une sexualité et cette appréhension est parfaitement compréhensible et très courante. Après avoir senti son corps s'étirer, après une déchirure, des points, une épisiotomie ou simplement après avoir vécu l'intensité physique d'un accouchement, il peut sembler étrange d'imaginer à nouveau une pénétration.
Mais avoir peur d'avoir mal ne signifie pas que vous aurez forcément mal. Des douleurs lors des premiers rapports peuvent arriver, notamment après une déchirure ou une épisiotomie, et elles sont relativement fréquentes dans les premiers mois dans ces situations. Mais elles ne sont absolument pas systématiques.
Il est donc inutile de partir du principe que cette première fois après l'accouchement sera forcément douloureuse. Elle peut être différente. Elle peut demander davantage de douceur, de temps ou de lubrifiant. Et elle peut aussi très bien se passer.
Essayer… et s'autoriser à s'arrêter
Il y a peut-être une autre idée importante à garder en tête : vous avez le droit d'essayer sans que cela vous engage à aller jusqu'au bout. Vous pouvez avoir envie et finalement ne plus avoir envie. Vous pouvez commencer un rapport et vous rendre compte que votre corps se crispe. Vous pouvez ressentir une gêne et préférer arrêter. Vous pouvez essayer une première fois, décider que c'était encore un peu tôt et recommencer quelques jours ou quelques semaines plus tard. Ce n'est pas un échec.
La reprise de la sexualité peut être progressive. Elle peut commencer par de la tendresse, des caresses, une intimité sans pénétration. Les recommandations concernant le post-partum rappellent d'ailleurs que la sexualité et le plaisir peuvent parfaitement exister sans pénétration lorsque celle-ci n'est pas encore confortable, rappelons le ici aussi. L'objectif n'est pas de réussir son « premier rapport après bébé ». L'objectif est de retrouver une sexualité dans laquelle on se sent bien.
Ne pas se forcer pour « faire plaisir »
Cela paraît évident écrit ainsi, et pourtant la pression peut être très présente. Parce que cela fait plusieurs semaines, parce que son partenaire attend peut-être ce moment et le manifeste, mais aussi parce qu'on aimerait retrouver le couple d'avant. On en vient à se demander si ce n'est pas « trop long », si c'est "normal" etc. On culpabilise parfois aussi de ne pas avoir envie.
Mais se forcer risque surtout d'associer progressivement la sexualité à quelque chose que l'on subit et on ne devrait jamais avoir à se forcer à avoir des relations sexuelles, quoi qu'il arrive. La communication avec son ou sa partenaire est alors essentielle : dire que l'on appréhende, que l'on a besoin de temps, que l'on peut avoir envie d'essayer aussi mais que l'on souhaite pouvoir s'arrêter à tout moment.
La sexualité du couple après l'arrivée d'un enfant ne se reconstruit pas nécessairement en reprenant exactement là où on l'avait laissée. Elle peut aussi se réinventer doucement, et au rythme de chacun.
Une douleur persistante n'est pas quelque chose qu'il faut accepter
Une gêne lors des premières tentatives peut arriver. Une sécheresse vaginale également. Un lubrifiant à base d'eau peut notamment faciliter les premiers rapports. En revanche, une douleur qui persiste mérite d'être évoquée avec un professionnel de santé. Il ne faut pas considérer qu'avoir accouché condamne à avoir désormais mal pendant les rapports.
Une sage-femme, un médecin, un gynécologue ou un kinésithérapeute spécialisé en rééducation périnéale pourra rechercher l'origine de cette douleur et proposer une prise en charge adaptée. Les douleurs peuvent notamment être liées à une cicatrice, à une sécheresse vaginale ou à la récupération périnéale. Les recommandations sont de consulter lorsque les rapports restent douloureux après plusieurs mois.
Avoir mal peut arriver. Continuer à avoir mal sans en parler ne devrait pas devenir la norme.
Un conseil que m'avait donné ma sage-femme après l'accouchement
Je termine avec un conseil que ma sage-femme m'avait donné et que j'ai trouvé intéressant : ne pas hésiter à poser des questions sur une éventuelle déchirure après l'accouchement et sur la façon dont elle va cicatriser.
Elle m'avait notamment conseillé de discuter avec l'équipe de l'intérêt de mettre des points même lorsqu'une déchirure semblait petite, car une mauvaise cicatrisation pouvait, selon elle, entraîner des douleurs plus tard, notamment lors des rapports.
Ce n'est pas forcément une règle applicable à toutes les petites déchirures, mais ça mérite d'être demandé et questionné. L'important est en tout cas surtout d'oser demander ce qu'il en est après son propre accouchement, pourquoi une suture est proposée ou non, et de signaler ensuite aussi toute cicatrice qui resterait douloureuse.
Et surtout : votre rythme est le bon, parce que c'est le votre.
Peut-être que vous aurez envie de retrouver rapidement une sexualité avec votre partenaire ou peut être que durant plusieurs mois, le sexe sera très loin dans la liste de vos préoccupations. Peut-être que vous aurez envie, puis plus envie. Que la première tentative sera un peu maladroite, que vous vous arrêterez, que la suivante se passera parfaitement bien. On ne peut pas savoir et l'essentiel est de s'écouter et de respecter ses envies.
*À savoir également : une nouvelle grossesse est possible très rapidement après un accouchement, y compris avant le retour des règles et pendant l'allaitement. Une contraception est donc nécessaire dès la reprise des rapports si vous ne souhaitez pas de nouvelle grossesse. Une grossesse peut survenir dès trois semaines après la naissance. *